L’action culturelle en bibliothèque

Historique, Finalités, Typologie, Statistiques

Ce petit historique de l’action culturelle en bibliothèque est tiré de mon mémoire de Master Métiers des archives et des bibliothèques de l’université de Provence. Il a été rédigé à l’aide de mes connaissance et des nombreux documents que j’avais à la disposition. Après avoir parcouru rapidement l’histoire de l’action culturelle en bibliothèque en France, , je présenterais les finalités et une typologie de ces actions.

Petit Historique de l’action culturelle en bibliothèque

Traditionnellement les bibliothèques ont d’abord été un lieu de conservation du patrimoine. Rappelons que les bibliothèques françaises sont nées lors de la Révolution Française alors que les biens de la noblesse et du clergé étaient confisqués, et que s’affrontaient deux notions contradictoires, le vandalisme républicain et la volonté de sauvegarde du patrimoine. Il fallait des lieux où stocker toutes les confiscations. L’État décide ainsi en 1804 de transférer la gestion de ces confiscations aux communes. Il reste aujourd’hui des traces de ces confiscations dans de nombreuses bibliothèques, dont 54 sont dites « classées » en raison de leurs richesses patrimoniales. Jusqu’à l’entre deux guerres, les bibliothèques sont restées des lieux « hors du temps » où le travail du bibliothécaire était de soigner les collections. Le Front Populaire apporte une dimension sociale et culturelle importante, le peuple doit avoir accès à la culture qui ne doit plus être réservée à une élite. La bibliothèque rentre dans le processus d’édification des masses. C’est l’État qui commencera à prendre en charge ces questions culturelles après la Seconde Guerre Mondiale. Le Ministère des affaires culturelles sera crée en 1959 et la culture devient une affaire d’État. C’est dans ce contexte que s’inscrit la création des BCP (Bibliothèques Centrales de Prêt), qui deviendront des BDP (Bibliothèques Départementales de Prêt) en 1992 lors du transfert de compétences opéré dans le cadre des lois de décentralisations en 1986. L’objectif de ces structures est d’amener la lecture aux populations les moins bien desservies. Dans le contexte de la démocratisation culturelle des années 1970 à 1980 où l’on souhaite faire accéder à la culture le plus grand nombre, les bibliothèques municipales, mais également paroissiales et associatives que font vivre pour beaucoup des bénévoles, commencent à s’intéresser au public et proposent des animations, généralement à destination du jeune public puisqu’il s’agit d’un secteur nouveau et très porteur (la jeunesse a d’abord été oubliée en bibliothèque, la première bibliothèque entièrement consacré à la jeunesse date de 1924, il s’agit de la bibliothèque de l’Heure Joyeuse à Paris). Réalisées dans un cadre relativement amateur et militant, ces animations ont été une porte ouverte à toutes les possibilités et la bibliothèque se tourne dorénavant d’avantage vers les publics et cesse de regarder uniquement ses collections. L’animation culturelle atteint ses lettres de noblesse lors de l’ouverture en 1977 du Centre Pompidou et de la Bibliothèque publique d’information, qui se veut un lieu d’expérimentation et d’études (avec un service Animations et un service Études et recherches unique en France). Ainsi la bibliothèque affirme son rôle social et culturel et défend l’idée qu’elle doit être un lieu de vie sociale et d’accès à la culture en plus d’être un lieu d’accès à l’information. D’ailleurs, dans le manifeste sur la bibliothèque publique élaborée conjointement par l’IFLA (La Fédération internationale des associations de bibliothécaires et d’institutions) et l’UNESCO en 1994, quatre des douze missions de la bibliothèque publique tournent autour de ce thème (1). Aujourd’hui il apparaît comme normal et légitime qu’une bibliothèque fasse de l’action culturelle et s’inscrive dans la vie culturelle d’un territoire et la conception des animations tend à se professionnaliser, ou du moins à impliquer des acteurs plus au fait des objectifs de l’action culturelle et des attentes du public.
La BPI, première bibliothèque française à intégrer un service spécialisé aux manifestations culturelles

 

 Maintenant, nous allons regarder comment se porte l’action culturelle en bibliothèque ? Après une étude réalisée en 2004 auprès d’un échantillon de 239 bibliothèques, mais dont seulement 70 ont répondu, nous pouvons affirmer qu’elle se porte bien. Les actions menées sont nombreuses et éclectiques, ainsi 97,1% des bibliothèques interrogées mettent en place des expositions, 87,1% proposent une heure du conte, 81,4% organisent des rencontres, 78,7% présentent des conférences et 77,1% mettent en avant des lectures. Il s’agit ici d’animations classiques et les bibliothécaires ont les compétences requises pour les organiser.

Concernant les manifestations nationales, on note que 70% des bibliothèques de l’échantillon participent à « Lire en Fête » (L’enquête étant faite en 2004, la manifestation se nommait « Lire en fête », aujourd’hui elle se nomme « à vous de lire ! »), 60% au Printemps des poètes mais 31,4% aux journées du patrimoine et 15,7% aux fêtes de la science. Ainsi on peut remarquer la prédominance de la littérature dans les thèmes des animations, et même la dimension patrimoniale (pourtant très importante dans les bibliothèques françaises) semble moins mise en valeur. Nous remarquons que ce sont surtout les bibliothèques universitaires qui participent à la fête de la science.
Nous remarquons également que 84% des bibliothèques achètent ou présentent des manifestations conçues par un organisme extérieur, dont 65,7% sont des expositions et 4,3% des concerts. Il faut noter qu’ici entre en jeu le rôle des Bibliothèques Départementales de Prêts et de la Bpi qui conçoivent des expositions itinérantes à destination des bibliothèques municipales. Concernant les concerts, ce chiffre faible n’est-il pas du au stéréotype de la bibliothèque silencieuse encore ancré dans l’inconscient collectif ? Cela ne gêne pas les bibliothécaires qui organisent souvent des concerts dans le cadre de la fête de la musique par exemple.
Remarquons également l’importance et le rôle du partenariat, ici aussi, 84% des bibliothèques du panel affirment avoir recours aux partenariats, ce qui prouve que la bibliothèque est un maillon important de la vie culturelle locale. Parmi ces 84%, 91% ont recours aux services municipaux, ce qui est tout à fait normal puisque la tutelle de ces deux structures est la même, il s’agit de la commune. On peu noter toutefois que l’aide apportée ici est surtout matérielle et logistique. Seulement 14,3% disent solliciter les entreprises, essentiellement dans le cadre de prix et de cadeaux. Ici, la relation est purement mercantile.
Concernant les moyens humains et financiers, 22,8% des bibliothèques ont de 2 à 4 personnels affectés à l’action culturelle, et 24 bibliothèques ont un service entièrement dédié, mais il reste 12,9% qui impliquent moins de 2 personnes à l’action culturelle. De plus, 51,4% des bibliothécaires affectés à l’action culturelle n’ont reçu aucune formation en matière de médiation culturelle, ce qui tend à prouver que ce domaine reste encore emprunt d’un certain amateurisme. Avec une moyenne de 32 617,18€ destinés à l’action culturelle, pour une fourchette allant de 1 500€ à 190 000€, mais avec plus de la moitié qui ont un budget inférieur à 30 000€, le budget consacré à l’action culturelle est inégalement réparti. Or, tous les établissements disent regretter une insuffisance des moyens et d’espace (car très peu de bibliothèques disposent de lieux spécifiques pour effectuer les animations) alloués pour leur politique culturelle.

Selon les cas et les envies, les bibliothécaires parlent d’action culturelle, d’animation, de médiation, ou bien de valorisation des collection (Car ce sont les collections qui font la bibliothèque, il faut s’en/se servir).

Si l’action culturelle a d’abord été considérée comme un « plus », il n’est aujourd’hui plus nécessaire de prouver qu’elle fait partie intégrante du métier de bibliothécaire (qui est un médiateur du livre en particulier, un médiateur de la culture en général), elle est une nécessité pour faire vivre la bibliothèque, mais le bibliothécaire doit être conscient que l’impact de telles activités va bien au delà .

Les bibliothécaires s’accordent sur le fait que l’action culturelle en bibliothèque a trois finalités, qui sont :

  •     Une finalité culturelle : c’est-à-dire la volonté de faire découvrir, de mettre les collections en valeur, de faire participer la bibliothèque au développement de la lecture en particulier et à l’accès à la culture en général. Précisons que la bibliothèque est établissement culturel le plus fréquenté, et par l’action culturelle, elle permet de diversifier les formes d’accès au savoir, autrement que par celui du livre qui attend patiemment le lecteur, et elle peut s’affirmer comme un lieu de production et de mise à disposition de savoirs.
  •     Une finalité civique et sociale : annoncée dans la charte des bibliothécaires adoptée par le Conseil supérieur des bibliothèques en 1991. Il en résulte qu’aucun citoyen ne doit être exclu du fait de sa situation personnelle : la bibliothèque doit documenter, informer mais aussi former et doit être un lieu non seulement de loisir mais aussi de développement culturel. Si le but de l’action culturelle est de rapprocher les usagers du livre, il est aussi de rapprocher les usagers entre eux
  •     Une finalité stratégique : la bibliothèque doit affirmer son image auprès de sa tutelle mais aussi auprès de ses usagers (Car encore aujourd’hui les bibliothèques sont vues comme des lieux clos avec un regard tourné vers le passé.). Elle doit assurer sa promotion et prouver son utilité dans la vie culturelle et sociale locale.

Pour ce faire, les bibliothécaires ont recours à trois types d’actions, qui sont :
  •     l’animation quotidienne : elle s’exerce tout le temps et partout dans la bibliothèque, mise en valeur des collections par l’utilisation de présentoirs et/ou de bibliographies thématiques, guides du lecteur etc…
  •     l’animation régulière : ces animations s’inscrivent dans la durée et dans une programmation annuelle.
  •     l’animation événementielle : qui contrairement aux précédentes sont réalisées dans le cadre d’un événement spécifique qui a lieu souvent en dehors de la bibliothèque. Ici, les bibliothèques saisissent des opportunités dans le cadre de manifestations comme des commémorations, fêtes nationales ou bien en reprenant des thèmes d’actualités.
Concernant le public qui fréquente les manifestations culturelles, on peut distinguer deux types de publics :
  • Une catégorie qui a un mode d’accroche ciblé, où l’usager « fréquente les conférences en relation avec leur champ d’étude ou sélectionnent des sujets qui les intéressent particulièrement »
  • Une autre qui a une « appétence », c’est-à-dire qui a le goût pour les manifestations orales.

 

Une des compétences du bibliothécaire étant de classer, de nombreux bibliothécaires ont proposés des classements par genre des animations-types existantes. Nous pouvons ainsi citer les travaux de Bertrand Calenge ou Vivianne Cabannes, mais également le colloque sur l’action culturelle en bibliothèque qui eu lieu les 3 et 4 avril 1995. A partir de leurs travaux, une proposition de classement peut-être déclinée.

Ainsi, nous pourrions distinguer quatre catégories :

  •     Les manifestations orales : nous pouvons y mentionner les conférences, les lectures, les débats, les rencontres et les traditionnelles heures du conte, très prisées des bibliothèques pour la jeunesse. Bref, ce sont toutes les actions où le public est invité à écouter et parfois à s’exprimer. A la Bpi, ce type d’animation est le plus important,
  •     Les manifestations où l’on participe, dites également participatives: Ici, l’usager participe à l’animation. L’exemple-type reste l’atelier dessin du mercredi dans la section jeunesse. Nous pouvons mentionner les clubs de lectures qui eurent un vif succès avant que l’Internet n’arrive dans les foyers (les nombreux sites, blogs et forums sur la littérature ayant quelque peu remplacé cette pratique). Nous pouvons également penser aux ateliers d’écriture.
  •     Les expositions : Nous pourrions les intégrer aux manifestations à voir, mais en raison de leurs durées autant pour la conception que pour l’accès au public et de leur histoire, nous préférerons les classer dans une catégorie propre. L’exposition reste l’animation la plus populaire en bibliothèque et fait d’un article à paraitre dans les prochains jours.

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NOTES
(1)  Qui sont :
    5. contribuer à faire connaître le patrimoine culturel et apprécier les arts, le progrès scientifique et l’innovation;
    6. donner accès aux expressions culturelles de tous les arts du spectacle;
    7. encourager le dialogue interculturel et favoriser la diversité culturelle;

    8. soutenir la tradition orale;

Et pour en savoir lus, un joli pearltress à ce sujet.