L’exposition : une des plus ancienne et populaire des animations en bibliothèque

Suite du précédent article sur l’action culturelle en bibliothèque, je me penche sur une des plus ancienne et populaire des animations en bibliothèque : L’exposition !

L’exposition en bibliothèque n’est pas née dans l’après-guerre au moment où l’animation en bibliothèque se développait, mais est née bien avant. En effet elle investit les bibliothèques dès la fin du XIX° siècle grâce à la création des bibliothèques municipales classées (BMC) en 1897 qui accordent un statut particulier aux bibliothèques possédant des collections patrimoniales et qui ont pour mission de les mettre en valeur, s’inspirant des cabinets de curiosité et réservés aux usagers fréquentant la bibliothèque. L’après-guerre et la politique d’action culturelle change totalement cette pratique : la bibliothèque temple du savoir devient un lieu de vie sociale et culturelle dont l’intention est de transmettre et diffuser un savoir, l’exposition permet de remplir ces missions autrement qu’avec le prêt de livres. Jacques Lethève estime, dans un article paru au Bulletin des Bibliothèques de France en 1956 et consultable en ligne que « la gamme offerte par des réalisations […] est déjà remarquablement riche, même si l’on estime que le champ ouvert à l’imagination et à l’activité des bibliothécaires peut encore s’élargir » (1). Il met le doigt sur un fait particulier : les bibliothécaires ne sont pas formés pour mettre en place de telles actions et restent assez emprunts d’un certain amateurisme, malgré leur grande motivation . Bien que la Bibliothèque nationale de France fasse déjà des expositions, c’est en 1977 que l’exposition (ainsi que toutes les autres formes d’animation en bibliothèque) acquiert ses lettres de noblesse lors de l’ouverture de la Bpi, puisque est créé un service de l’animation. Il est à noter que la Bpi ne possède pas de fonds patrimoniaux, ce qui écarte les expositions patrimoniales, qui sont la majorité des expositions à cette époque. Ainsi la Bpi a fortement innové dans ce domaine et est encore considérée comme un exemple à suivre. Elle a d’ailleurs rapidement mis en place des expositions itinérantes qu’elle loue à d’autres structures. Occupant la première place des actions culturelles en bibliothèque (97,1% en 2008 (2) et 90% des BDP en 2002 (3)). L’exposition n’est donc plus seulement une affaire de musée et n’est plus considérée comme « la danseuse de quelque conservateur en mal d’occupation» (4).

Permettant la diffusion des savoirs et de la culture, les expositions légitiment ainsi le rôle social et culturel de la bibliothèque. Il est cependant important de nuancer, car bien que l’exposition soit l’animation la plus pratiquée, cela ne veut pas dire que chaque bibliothèque fasse ses propres expositions. En effet, comme nous l’avons indiqué plus haut, beaucoup de BDP et la Bpi louent des expositions à destination des bibliothèques. Ainsi le nombre de bibliothèques emprunteuses d’expositions est supérieur au nombre de bibliothèques réalisant ces expositions.
De nos jours professionnalisée, la conception d’expositions en bibliothèque n’est plus seulement affaire de bibliothécaires enthousiastes mais fait appel à de nombreux partenaires et prestataires extérieurs et fait même l’objet de chapitres pratiques dans des publications professionnelles (5).
Nous distinguons plusieurs étapes : après une phase de conception de l’exposition, puis une phase de rédaction des principaux documents et un appel à des partenaires extérieurs, il faut veiller au suivi administratif et juridique (établissement de contrats et conventions) et organiser la régie des œuvres. Il faut également assurer la mise en valeur et la communication autour de l’exposition.
Si l’exposition est au centre des attentions des bibliothécaires, elle l’est en revanche un peu moins des publics, en effet elles ne touchent qu’une partie de ces publics qui ne sont pas les mêmes qui ceux de la bibliothèque elle-même. Ainsi les usagers ne vont pas forcément voir les expositions qui se trouvent dans la bibliothèque, de plus le nombre de personnes ne fréquentant pas d’ordinaire la bibliothèque se déplaçant pour voir l’exposition est faible. Ainsi, Anne-Marie Bertrand précise que « Dans telle grande bibliothèque, où la forte affluence du samedi atteint régulièrement les 5000 entrées, l’exposition n’est vue, le même jour, que par une centaine de visiteurs » (6), tandis que Marie-Pierre Dion affirme que les bibliothèques municipales « enregistrent souvent chaque mois plusieurs dizaines de milliers d’entrées, [alors qu’elles accastillent] rarement plus de mille visiteurs par mois dans leurs expositions patrimoniales » (7).
Bibliothèque de l’abbaye de Saint-Gall
Clarisse Gadala, dans son mémoire d’étude de diplôme de conservateur de bibliothèque à l’École Nationale Supérieur des Sciences de l’Information et des Bibliothèques :  Pourquoi exposer : les enjeux de l’exposition en bibliothèque  propose une typologie des différentes expositions réalisées en bibliothèque. Elle les classe en deux catégories qui sont :
    Les expositions événement, qui concernent plutôt des grandes bibliothèques possédant des fonds patrimoniaux, des budgets conséquent et ont des relais de communication assurant une visibilité au sein de la vie culturelle de l’ère géographique de la bibliothèque. Elle distingue ainsi quatre types d’expositions :
  •     Les expositions consacrées aux formes de l’écrit, majoritairement tournés autour de la valorisation du patrimoine détenu par la bibliothèque
  •     Les grandes expositions monographiques, Ces expositions ont pour ambition de développer les univers d’écrivains, d’artistes, de maisons d’éditions. Elle sont souvent organisés à l’occasion de rétrospectives ou d’anniversaire.
  •     Les accrochages de photographies ou d’estampes, permettant de valoriser des fonds qui en ont besoin, mais également de montrer l’évolution d’une ville ou région, donnant ainsi à la bibliothèque un rôle de valorisation de l’histoire locale.
  •     Les expositions de discours, où les bibliothèques peuvent « tenir un discours sur l’histoire des idées, les savoirs, les découvertes ».
   Les expositions de service, concernent les bibliothèques plus petites et on des finalités quelque peu différentes puisqu’il s’agit d’événements en relation avec la vie culturelle locale et ont donc un impact plus limité, mais peuvent être fréquentées puisqu’elles sont des :
  •       Expositions de proximité, c’est-à-dire que leurs thèmes sont en relation avec une localité à l’histoire particulière, ou avec un événement important dans la région, ou le plus souvent avec l’actualité locale.
  •     Galeries qui accueillent des œuvres ne provenant pas des fonds propres mais plutôt d’artistes locaux, parfois amateurs
  •     Expositions pédagogiques, car la bibliothèque est un lieu de savoir. Souvent réalisées par les Bibliothèques Départementales de Prêt et à destination des scolaires.
Afin de pouvoir concevoir et réaliser une exposition, il faut mobiliser une équipe qui, doit être composé de (8) :
  •     Un commissaire d’exposition qui est le responsable de la mise en œuvre et de la cohérence de l’exposition.
  •     Qui peut être secondé par un ou des assistant(s) d’exposition qui organise les recherches documentaires et le suivi budgétaire.
  •     Un conseiller scientifique, provenant du milieu universitaire ou de la recherche : il aide à bâtir la problématique de l’exposition et à valider les choix.
  •     Un architecte-scénographe, qui élabore en lien avec le commissaire d’exposition le parcours de l’exposition et construit la scénographie.
  •     Un régisseur qui prend en charge les aspects techniques de la réalisation comme les éclairages.
  •     Un graphiste-maquettiste, il élabore avec le scénographe la ligne graphique de l’exposition tels que les panneaux de textes, la signalisation, mais également les documents comme les bibliographies et les dépliants.
  •     Le service de presse afin d’assurer la promotion de l’exposition.
  •     Il est également important de pouvoir recevoir des aides des services administratifs, financiers et juridiques.
 NOTES
(1) Lethève, Jacques, « Les expositions dans les bibliothèques françaises au cours des cinq dernières années », BBF, 1956, n° 7-8, p. 515-529
(2) HUCHET, Bernard; PAYEN, Emmanuèle. L’action culturelle en bibliothèque,
(3) Association des directeurs de bibliothèques départementales de prêt (France). éditeur scientifique. L’action culturelle en BDP, locomotive ou danseuse [Texte imprimé]
(4) Association des directeurs de bibliothèques départementales de prêt (France). éditeur scientifique. L’action culturelle en BDP, locomotive ou danseuse [Texte imprimé] : actes du colloque d’Agen, 12, 13, 14 novembre 2002. Association des directeurs de bibliothèques départementales de prêt, 2002. cité dans Gadala Clarisse, Mémoire d’étude,  Pourquoi exposer : les enjeux de l’exposition en bibliothèque, 2002  p.10
(5) Isabelle Bastian-Dupleix Concevoir et réaliser une exposition in l’action culturelle en bibliothèque, 2008
(6) BERTRAND, Anne-Marie. Les publics des bibliothèques [Texte imprimé]. Paris: Éd. du CNFPT, 1999.
 ISBN 2-8414-3154-1
(7) DION, Marie-Pierre. L’animation dans les bibliothèques municipales. In CABANNES, Viviane; POULAIN, Martine et PERRET, Jacques. L’action culturelle en bibliothèque, op.cit, p. 67-85.
(8) Concevoir et réaliser une exposition, in L’action culturelle en bibliothèque