La guerre des livres

La guerre des livres couverture
Première de couverture de La guerre des livres d’Alain Grousset
La guerre des livres est un roman jeunesse d’Alain Grousset racontant l’historie d’un jeune de 17 ans qui sauve la fille de l’Empereur grâce à un herbier, c’est aussi l’histoire du bon vieux livre papier contre les nouvelles technologies détournant la jeunesse.
Suite à une discussion dans la bulle du livre aux Imaginales à Epinal avec Danielle Martinigol et Alain Grousset j’ai acheté et lu ce livre. Après avoir rapidement parlé à ces deux auteurs dont j’ai lu plusieurs livres j’ai lu le résumé de la guerre des livres, et je n’ai pu m’empêcher lancer le troll : Non, l’hypertechnologie ne menace pas la lecture, et ne menace pas le livre ! Après échanges de points de vue, me voilà parti avec le livre.
Je conseille la lecture de ce petit roman remplit d’aventures, de rebondissements et de téléportation, mais j’ai eu un regard très critique quand au message que souhaite faire passer ce roman.  Je me refuse pour ma part à jouer la guerre entre le bon vieux livre et les nouvelles technologies et ce livre plonge en plein dedans, avec certes de bonnes intentions, notamment sur le fait que les livres font partie du patrimoine de l’humanité (avec une belle tirade page 80). Mais il y a des raccourcis que j’apprécie guère.
Les pages 42 à 45 rassemblent les clichés habituels sur les bibliothèques, je ne citerais pas ces lignes en entier parce que ça serait limite du point de vue de l’exception de citation, mais aussi parce que j’ai pas de scanner avec reconnaissance de caractère et j’ai pas envie de recopier au clavier ce long passage ^^ Bref, on peut voir plusieurs choses.
– Le conservateur doit être un vieux rat de bibliothèque qui « veill[e] jalousement sur le fonds ». L’auteur confond e-book et liseuse. La lecture sur papier c’est bien mieux que sur écran parce que ô bonheur et félicité il y a une texture, le bruit et l’odeur des pages. Je le précise, je suis bibliothécaire et l’odeur, le bruit et tout ce que vous voulez des pages, J’EN AI RIEN A FOUTRE ! Ce n’est pas ça qui m’a attiré vers ce métier.
– L’idée que la bibliothèque est un lieu hors du temps, un temple de la connaissance est également présente, et il s’agit pour moi (et d’autres bibliothécaires  hein !) d’une mauvaise idée, car la bibliothèque est justement un lieu pour apprendre et échanger sur le monde, c’est un lieu de formation du citoyen tout au long de sa vie, comme le dit une charte/article célèbre dont j’ai la flemme de rechercher la référence ^^.
Dans cette histoire, les deux jeunes héros doivent partir rechercher un document dans la bibliothèque des Mondes, au passage en accès indirect et avec un classement physique incohérent car cela « limite les risques de vols » (p.136). Non mais comment voulez vous que les citoyens puissent accéder librement à la connaissance ? ça va à l’encontre d’un des fondamentaux des missions des bibliothèques : une plus large diffusion des savoirs au plus grand nombre possible (comme Internet quoi !), allez voici les citations qui vont bien et qui appuieront mes dires :

 Une participation créatrice et le développement de la démocratie dépendent aussi bien d’une éducation satisfaisante que d’un accès libre et illimité à la connaissance, la pensée, la culture et l’information.                   Manifeste UNESCO sur la bibliothèque publique,

  • Permettre un accès à l’information respectant la plus grande ouverture possible, libre, égal et gratuit, sans préjuger de son utilisation ultérieure ;
  • Garantir l’autonomie de l’usager, lui faire partager le respect du document, favoriser l’autoformation ;
  • Promouvoir auprès de l’usager une conception de la bibliothèque ouverte, tolérante, conviviale.
  • Organiser l’accès aux sources d’informations pour les rendre disponibles, y compris à distance, selon les normes professionnelles en vigueur                                 Extraits de la charte de déontologie du bibliothécaire de l’ABF
Un autre point qui m’a fait tiqué : la technologie ! Le nom et la photo de cette plante a été retrouvée en scannant à grande vitesse pleins de livres. grace aux informations regroupés grâce aux technologies (bon, on pourrait partir dans un débat sur les données personnelles car une partie de la vie de l’auteur du livre est énumérée grâce au recoupement des informations, mais ce n’est pas le sujet).  Suite à un événement que je ne dévoilerais pas, la tentative échoue et par une succession de péripéties, les héros retrouvent dans le dédale de la bibliothèque l’herbier contenant la plante, avec un discours sous-jacent que l’hypertechnologie ne résout rien: « Je ris […]de la défaite d’Orfel [pro-numérisation] et de toute sa clique [de numérisateurs] » (p95) « Tous ces « numérisateurs » professionnels ont été incapables de penser une seconde que ce précieux volume avait pu être conservé » (p120). Mais … bordel, il n’y a pas à y avoir de concurrence … Les bibliothécaires ne se sentent pas insultés quand on scanne un livre ou qu’on recherche sur Internet pour y rechercher l’information, je n’ai pas compris l’auteur sur ce point là.
Un dernier point, à chaque début de chapitre (il y en a 16) est insérée une citation sur les bienfaits de la lecture, renforçant selon moi le côté La-lecture-c’est-bien-il-faut-que-tu-lise-sinon-tu-as-raté-ta-vie. De plus à plusieurs endroits (p45 et p64-65) nous retrouvons le dialogue Lire-des-livres-c’est-trokoule-en-fait. Cependant je pense que ceux qui lisent ce livre sont déjà des lecteurs convaincus par cette idée.
Bon, sinon le livre et sympa, à la fin la paix est engagée, et comme le précise si bien le manifeste de L’UNESCO sur la bibliothèque publique,
celle-ci est un instrument essentiel du développement de la paix et du progrès spirituel sur l’esprit des hommes et des femmes
Donc lisez ce livre, et faites vous un avis, et puis voilà