De la politique, de l’obéissance et de l’autorité

J’ai lu récemment Cher pays de notre enfance d’Étienne Davodeau et Benoît Collombat. C’est un documentaire en BD qui parle de politique. J’en avais parlé au club lecture de la bib où je travaille, j’avais souligné qu’il fallait réinvestir le champ du politique.

à l’école, à la MJC, à la maison de la culture, dans les discussions, au travail … On ne doit pas parler de politique. Ce n’est pas le sujet. Ce n’est pas le moment. Il n’y a jamais de temps pour ça.

à l’école on demande à l’enfant de se taire. S’ils parlent ils sont punis. L’adulte veut prouver qu’il sait gérer un groupe d’enfant, qu’il a de l’autorité.

Une fois dans un spectacle, un prof a gueulé sur un enfant qui faisait du bruit. Je n’ai pas entendu l’enfant. Je l’ai entendu elle. C’est elle qui dérangeait.

On demande à l’enfant de se taire à l’école, sa parole n’est pas le bienvenue, ou alors pour légitimé l’autorité de l’adulte : j’ai été délégué de classe : le conseil de classe est un simulacre de démocratie.

J’ai été animateur en colo, c’était trogénalisimementkooldelamortkitue. J’ai été animateur en périscolaire. Ce fut horrible. Je me suis retrouvé à faire ce qu’on m’avait fait enfant : me considérer comme un élément d’un groupe, donc d’une entité, donc un morceau d’une chose qui n’était pas moi. On m’a reproché un manque d’autorité. Le vrai mot aurait été autoritarisme et non écoute (respect ?) de l’enfant. On m’a reproché de ne pas être ce qu’on attendait d’un homme. Je devais me faire violence pour être violent ? Non. Je suis parti. Pas de non-dit : oui, j’ai culpabilisé, je me suis cru lâche. Ouf ce sentiment est très vite parti.

… Des fois on se rend compte bien plus tard de certaines choses qui vont pas …

Au collège, les valeurs enseignées étaient la violence et la loi du plus fort. Les surveillants avaient des pratiques humiliantes que j’ai failli reproduire au périscolaire.

D’ailleurs la conception même des bâtiments favorisaient la violence : bureau des pions surélevé, eux assis regardant vers le bas, moi debout regardant vers le haut et ne les voyant que leurs cheveux. Eux ne me voyaient pas, il fallait qu’ils penchent le buste en avant pour me surplomber.

En quatrième j’avais un prof de techno remplaçant, lors de ces cours, comme il n’y avait pas assez d’ordinateurs, une moitié devait y aller, l’autre moitié devait attendre. Interdit de sauvegarder. C’était noté. Ce temps n’était pas modéré. C’était la loi du plus fort, du plus rapide, du plus salaud pour arriver en premier aux ordinateurs.

Une pionne hurlait pour avoir le silence complet en heure de permanence avec 50 élèves. Sinon punition à un élève au hasard.

L’adulte façonne un enfant futur obéisseur résigné.

Et maintenant on déplore le manque d’intérêt des gens pour la chose publique ? On déplore le manque d’engagement, la méfiance et l’obéissance à l’autorité ?

Bon, maintenant je bosse dans le métier que je voulais faire : bibliothécaire. où je travaille à la fois dans la médiation culturelle et où mon travail est avant tout social. D’ailleurs, je pense que les métiers de la culture font parti du champs du travail social. Nous avons les mêmes objectifs d’intégration, de droit à la différence, d’émancipation et d’éducation populaire.

à moi dans mon métier de ne pas reproduire ce que j’ai subi de ne pas avoir honte de mes valeurs, peur de mes craintes.